Droit dans mon rasage
Thursday, 03 May 2018
|
Écrit par
Grégory Soutadé

Il y a bien longtemps, au détour d'un forum, quelqu'un avait mentionné l'idée d'un rasage "old school", au coupe chou. Curiosité oblige, je me suis un peu renseigné et ai découvert le rasoir droit (encore appelé sabre ou coupe chou). J'avoue avoir été tout de suite fasciné par cet objet, reflet d'un savoir faire ancestral, fruit de nombreuses heures de travail, pensé pour durer toute une vie !

Pourtant, j'ai mis un certain temps avant de me lancer dans l'aventure. En effet, l'investissement initial n'est pas anodin. Tout d'abord, il faut acquérir la pièce maîtresse : le coupe chou. C'est un objet qui revient à la mode, il est donc possible d'en trouver d'occasions entre 50€ et 100€. Oui, d'occasion, parce que 1) ils sont moins chers et 2) un rasoir neuf n'est pas prêt à raser quand il sort d'usine. Il faudra une bonne dose d'affilage pour le mettre en état. Pour ma part, je suis tombé sur un modèle Grelot (2015) de chez Thiers avec une chasse en bois d'ébène. J'aime son aspect simple, avec un marquage classe mais pas tape à l'oeil.

L'affilage, justement, qui devra être réalisé avant chaque rasage. J'ai choisi une bande de cuir de chez Kachiic Creations. C'est un artisan de la région Lyonnaise qui offre des produits de très bonne facture pour un prix équivalent aux grandes "marques" du milieu. Je ne voulais pas utiliser de raquette (strop) pour éviter les différentes pâtes (vertes, rouges) nécessaires et surtout pour rester le plus naturel possible. Ma petite astuce : je réalise un affilage après le rasage en vue de la session suivante (gain de temps). On pourra alors s'amuser à passer le test du cheveu.

En ce qui concerne le blaireau, je suis allé piocher du côté des Portugais de Semogue pour leur excellent rapport qualité/prix. Un bol artisanal en bois d'olivier et un savon Institut Karité viennent compléter le tout. Ce sont là les éléments essentiels, sans superflu.

Set à raser

Mis bout à bout, il faudra donc un budget minimum d'environ 200€ (frais de port compris), de quoi réfléchir avant de se lancer. Bien sûr, mode oblige, il y a plusieurs fabricants qui proposent des éléments, voir des kits complets, de moindre qualité et à prix réduit. Mais ce n'est pas le but de la démarche, et surtout commencer avec des produits bas de gamme ne peut que donner une mauvaise impression. Je veux faire un investissement sur le moyen/long terme. De plus, il ne sera pas forcément aisé de revendre des éléments de piètre qualité, alors que la perte financière sera moins importante pour des produits nobles. Si ce budget peut paraître important, il n'est pourtant pas extravagant, certains coupe chou peuvent allègrement dépasser les 300€ à eux seuls ! En France, la région historique des lames se trouve autour de Thiers en Auvergne, mais pas seulement. On peut trouver des artisans qualifiés à peu près partout, qui font un travail remarquable et souvent à prix très accessible.

Une fois dans la main, la première impression est étrange. On manipule une lame particulièrement tranchante et pourtant son poids est très léger : 50g/60g chasse comprise ! En réalité, c'est une constante dans la coutellerie. La dureté (donc qualité de la lame) est directement liée à la durée d'utilisation entre chaque affûtage/affilage, mais est indépendante du poids. Au contraire, les alliages utilisés sont généralement légers. Nous avons hélas trop l'habitude des pâles copies de couteaux plus lourds mais ne coupant rien du tout !

Vient alors la pratique. Une fois la peau humidifiée et savonnée, il faut respecter deux règles de base : ne jamais passer le rasoir sur une peau qui n'est pas tendue et y aller petit à petit. En effet, la lame est extrêmement tranchante, donc au moindre bourrelet de peau elle va couper (ce qui se passe en général en fin de mouvement). Le mieux est de regarder quelques sessions sur Youtube. Les premiers temps, il est recommandé de ne faire que des parties simples comme le cou et les joues, puis de finir au rasoir à main (DE pour Double Edge). Personnellement, j'ai la chance de ne pas devoir me raser tous les jours, ce qui permet à la peau de se reposer et de récupérer des coupures éventuelles, tout en alternant avec un rasoir électrique.

Si se raser au coupe chou procure un certain plaisir via le maniement de la lame (pogonotomie), il faut reconnaître qu'il prend du temps et nécessite d'être concentré du début à la fin. Compter 20/30 minutes entre la préparation, le rasage et le nettoyage du matériel (la lame n'est pas en inox, il faudra donc qu'elle soit complètement sèche sous peine de voir rapidement apparaître des traces d'oxydation !). Aspect non intuitif, il faudra également éviter de laisser son matériel dans une salle de bain, sauf si celle-ci est très bien aérée, pour éviter l'oxydation due à la vapeur d'eau. C'est un art qui intéressera donc les amateurs de belles lames qui ne sont pas pressés.

L'alternative entre le tout jetable et le coupe chou reste le rasoir de sûreté artisanal. La première version aboutie date de 1880. On la doit aux frères Kampfe, version qui subira par la suite de nombreuses améliorations, notamment sous l'impulsion de l'américain Gillette, précurseur des lames jetables (et qui dit jetable, dit achat récurrent). L'avantage de ce type de rasoir est d'avoir une peau toujours tendue sur la zone à raser grâce aux montants supérieurs et inférieurs, mais aussi d'avoir un angle optimal pour les lames. Il n'en reste que les lames jetables (même si elles sont recyclables) ont une durée de vie assez courte, ce qui est moins bien d'un point de vue écologique que le coupe chou. Dans tous les cas, plusieurs artisans se mettent sur ce créneaux et proposent des manches originaux accueillant des têtes de rasoir standards.

Pour aller plus loin dans ce monde tranchant, je conseille la lecture du forum du Coupe Chou Club qui est une mine d'informations. Ce sera l'occasion d'acquérir son matériel à prix raisonnable auprès d'autres membres passionnés.

Auteur :


e-mail* :


Le commentaire :




* Seulement pour être notifié d'une réponse à cet article