Musique
Tuesday, 10 July 2018
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Écrit par
Grégory Soutadé

Pochette de l'album We The People Of the Soil

10 ans, ça se fête ! À cet effet, les Cluzo sont retournés dans le Tenesee, chez Vance Powell déjà responsable de "Rockfarmers". On peut donc s'attendre à retrouver les mêmes ingrédients pour ce nouvel album. C'est le cas, ceux qui ont aimé le précédent n'en seront que plus conquis. Pour les 10 ans, le duo a voulu marquer encore plus profondément leur ancrage à la terre (the soil), on retrouve donc une musique plus folk/blues, avec une présence forte de la guitare sèche ainsi que la thématique paysanne, l'amitié, l'entraide.

Force est de reconnaître la qualité exceptionnelle de la production. Il y a un fossé très clair avec "Rockfarmers", plus brut de décoffrage, tandis que cet opus offre un son lisse où chaque élément est à sa place. Les mélodies sont beaucoup plus travaillées que précédemment (tout album confondu). Le résultat donne un style rock/blues fusion puissant avec des refrains très doux dûs en partie à un nouveau venu : l'orgue (de type hammond b3). Si on en avait eu un aperçu précédemment, elle est désormais présente dans la plupart des titres. Le premier, "A Man Outstanding In His Field", en est le meilleur exemple avec toute la palette de nuances qu'offre les 40 minutes de l'album. Mais pas que, on trouve beaucoup de ballades : presque la moitié des chansons, avec comme figure de proue "Little Girl And The Whistling Train", ainsi que quelques surprises, comme la participation de Marianne Dissard pour un super duo sur "The Best".

Les fans de la première heure seront peut-être déçus de cette compression excessive du son, mais où est la rock bordel ?? Il est pourtant présent, de manière très propre, relativement profond et énergique. À ce sujet, deux titres sortent du lot : "Pressure on Madalands" proposant un rock psyché avec un son volontairement "crade" et "The Globalisation blues" qui se rapproche plus de "Rockfarmers". Autre élément à souligner, le travail exceptionnel de Laurent quant à sa voix. Certes, les ballades qu'il interprète ne requièrent pas de monter trop haut dans les aiguës, mais la maîtrise qu'il pose sur chaque morceau est énorme. Malheureusement, le final est bâclé avec un chant clairement faux (il fallait passer moins de temps à la piscine et plus en studio).

Autre bémol : malgré sa très bonne qualité d'impression, les pages du livret sont imprimées à l'envers. Livret qui reprend le même format que pour l'album précédent, à savoir un melting pot de photos en noir et blanc et d'aquarelles de leur ami Abu.

N'ayant pas pu l'écouter plus tôt, je ne comprenais pas l'engouement de la presse (L'obs, les inrockuptibles, FIP de la FNAC, C À Vous, France Inter ...) pour ce 6e cru. Mais avec autant d'éléments "mainstream", il est clair que ce dernier sera apprécié d'un large public !

Les Cluzo proposent un pack spécial "10 ans" (en édition limitée), comprenant l'album, 10cl d'Armagnac ainsi que le livre "The Inspector Cluzo - Rockfarmers" de Romain Lejeune (les Inrockuptibles). À la base, il s'agissait d'un article voulu par le journaliste qui donnera finalement lieu, de part la masse d'information recueillie, à l'édition d'une biographie complète du groupe, des deux hommes et de leur parcours formateur jusqu'à la réalisation de leur dernier opus. Un peu réticent au début, je conseille fortement de le commander car il permet de comprendre le cheminement humain des deux "frères". Les premiers chapitres apportent beaucoup d'informations intéressantes, des anecdotes croustillantes. Les derniers étant malheureusement trop redondants concernant le message et le mode de vie des deux fermiers rockeurs : chaque témoignage, bien qu'il émane d'une personnalité reconnue, ressemble au précédent. Une relecture un peu plus attentive aurait également été souhaitée pour corriger les fautes qui émaillent l'ensemble de l'ouvrage ainsi que la fausse transition vers "We the people of the soil", car ce n'est pas avec cet album, mais bien avec "Rockfarmers" que le groupe a signé sa première collaboration avec Vance Powell.

L'Armagnac est à l'image de l'album : d'un équilibre saisissant. D'une belle robe ambrée parée de jambes très lourdes, la bouche offre un bouquet assez riche de fruits compotés pour finir sur une touche légèrement épicée. L'alcool se fait discret, un peu trop présent au nez peut être. Il s'agit d'une cuvée spéciale provenant de la distillerie "La Tuilerie" dont The Inspector Cluzo est partenaire depuis le début. Malheureusement il n'y a pas plus d'informations sur l'étiquette.

Wednesday, 27 December 2017
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Écrit par
Grégory Soutadé

Logo Kubiac

Petit coup de projecteur sur le groupe Kubiac. Non, je ne parle pas de Francis Lawrence Kubiac, personnage emblématique de la série Parker Lewis ne perd jamais, mais d'un petit groupe de punk Niçois.

Composé de quatre membres, Kubiac a vu le jour il y a quelques années maintenant. Cependant, comme la plupart des formations qui ne vivent pas de leur musique, il faut en profiter avant qu'ils ne disparaissent.

Leur première démo Pizzapocalypse sortie en 2015 est disponible sur Bandcamp à prix libre. 6 morceaux et demi de punk qui groove grave ! Sur un son énergique, mais néanmoins très propre, avec quelques teintes métal, rock, blues, reggae, Kubiac déblatère des textes satyriques, teintés d'humour. L'objectif est clair : se faire plaisir, pas de prise de tête. La technique (plutôt riche) est vraiment maîtrisée, ce qui change de pas mal de beaucoup de groupes punk/grunge Français qui deviennent rapidement inaudibles.

D'après le quatuor, un album est en préparation (les morceaux de la démo seront inclus), et comme "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", je conseille d'investir maintenant.

Pour ceux qui ont la chance d'être dans le coin, ils semblent tourner assez régulièrement. Pas encore en tête d'affiche, mais aux côtés de groupes plutôt connus dans la région (Park In Son, I.M.O.D.I.U.M notamment).

Wednesday, 08 March 2017
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Écrit par
Grégory Soutadé

 Au Kao

TIC sur scène

The Inspector Cluzo est un groupe qui tourne beaucoup à l'international, un peu moins en France et (comme beaucoup d'autres) encore moins dans le Sud Est (la barrière Alpine sûrement). Donc, quand ils annoncent un passage à Lyon, on n'hésite pas !

Le concert est programmé pour 20h au Ninkasi Gerland Kao (près des halles Tony Garnier), pas de première partie (et ça c'est bien), ils entrent en scène à 20h30, ce qui est fort ponctuel pour des musicos. Sur l'estrade, les deux compères s'amusent, rigolent, interpellent le public et jouent les yeux fermés. La complicité qui règne entre ces deux-là est impressionnante. Ils s'éclatent comme des gosses devant les quelques 200 personnes présentes.

Il s'agit d'un concert de rock, c'est donc moins structuré qu'avec des groupes classiques (on aime ou on n'aime pas). L'ambiance monte crescendo. La performance vocale de Laurent est impressionnante dans les aiguës, ça accroche un peu dans les graves. Côté set-list, nous avons droit à quelques morceaux du dernier album suivis des incontournables "Two Days" et "Fuck The Bass Player" (joués trop rapidement à mon goût) avant le grand final de "Put Your Hands Up" où tout le monde se déchaîne.

Le stand des goodies est prit d'assaut en fin de concert. Dans le désordre Laurent et Mathieu vendent des albums, des t-shirts, des bérets, dédicacent. Les stickers sont offerts. La grosse attraction est la conserve de confit d'oie d'1kg (à ne consommer que d'ici trois ou quatre mois) qui part tout aussi bien que le reste.

Je crois qu'à la fin, autant les spectateurs (venant parfois de loin) que le groupe étaient ravis de la soirée.

Lyon

Panorama de Lyon depuis la colline de Fourvière

Ce concert fut également une bonne occasion pour passer quelques jours à Lyon. Malgré le temps détestable qu'il a pu faire, Lyon se révèle toujours un peu plus riche d'un point de vue culturel, culinaire et historique. Ici, quelques photos de l'île Barbe. La restauration de la chapelle sera terminée l'année prochaine et une visite guidée sera proposée par la propriétaire des lieux en personne.

Île Barbe depuis la berge

Une propriété sur l'île Allé arrière

Mais aussi, à la faveur d'une belle demi journée, les ruines de la grande cité romaine de Lugdunum près de la basilique Fourvière. La plus grande de Gaule. Elle abrita jusqu'à 80 000 personnes à son apogée voilà presque 2 000 ans.

Panorama de Lugdunum Théâtre de Lugdunum

À ne pas manquer également, la visite du musée de l'institut Lumière à Monplaisir, un dîner à l'institut Paul Bocuse ainsi que le traditionnel repas à la brasserie Georges (à la table des frères Lumière s'il vous plaît !).

Thursday, 18 August 2016
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Écrit par
Grégory Soutadé

Leo Moracchioli

Leo Moracchioli

Il existe des êtres doués d'une intelligence supra normale, des génies qui possèdent entre autres la faculté d'assumer n'importe quelle identité. En 1963, les chercheurs d'une entreprise appelée « Le Centre » ont mis en isolement un de ces êtres, un jeune garçon nommé Jarod et exploitèrent son génie pour des recherches secrètes. Mais un jour le « Caméléon » leur échappa...

Le Caméléon (The pretender)

C'est ainsi que je pourrais introduire cet article. Ce norvégien (dont le nom a une consonance très latine) est un véritable génie de la musique. En effet, être un bon chanteur de métal n'est pas si fréquent que ça. Être un chanteur guitariste l'est encore moins (hors pop-rock). Savoir jouer de la basse quand on maîtrise déjà la guitare, soit. Mais, en plus, maîtriser la batterie, c'est carrément exceptionnel.

Exceptionnel ? Plus encore, puisque Leo réalise lui-même ses enregistrements audio ET vidéo. Mais pas que, il est aussi capable de re créer une mélodie connue et de l'adapter en métal ! On pourrait aller jusqu'à dire qu'il a l'oreille absolue tant d'un point de vue théorique que pratique. Une sorte de Mozart des temps modernes.

Le créneau de M. Moracchioli est donc les reprises (covers) de morceaux connus en (nu-)métal (genre qui se prête parfaitement à l'exercice). Ce qu'il fait très bien d'une manière générale. Si certaines sont assez proches de l'original, d'autres donnent droit à une véritable interprétation. Il publie une reprise hebdomadaire sur sa chaîne Youtube Frog Leap Studios, qui en compte 128 à ce jour.

C'est justement grâce à Youtube qu'il a pu se faire connaître. Comme quoi, quand on utilise les réseaux interrnetsociaux de la bonne façon, on peut voir émerger des perles. La génération Youtube sera également rassasiée avec les vlogs hebdomadaires, bien qu'ils ne représentent pas, à mes yeux, un contenu très intéressant (il parle de sa vie/matériel musical).

Si on devait caractériser le style de le Leo, on pourrait le classifier très clairement dans le nu-métal. Ses reprises regorgent d'une énergie impressionnante qu'il met parfaitement en valeur dans ses clips. Il n'a pas une voix très puissante et ne cherche pas à aller au-delà de ses limites (comme dans Rolling In The Deep), ce qui montre une maîtrise technique avancée. Bref, c'est un artiste complet que chacun pourra adopter rapidement !

Mon top 5 :

Patreon

Vivre de sa passion, particulièrement quand on est artiste, est un privilège assez rare. L'économie numérique le permet dans certains cas. Ainsi, Leo propose via des plateformes audio numérique (Loudr, Amazon, Google et Apple) ses morceaux (actuellement les trois quarts sont disponibles).

Un autre concept à la kickstart est également disponible. Il s'agit de la plateforme Patreon, qui propose de devenir un mécène en finançant automatiquement un artiste lorsqu'il produit quelque chose (ici une reprise) ou mensuellement.

Il est fascinant de voir comment, grâce à l'Internet, les gens commencent à se ré approprier des biens et des services autrefois uniquement délivrés par des entreprises ou des services d'état. Néanmoins, ma référence à kickstarter n'est pas anodine. Les plateformes qui proposent ce genre de service touchent une commission. Si cela n'est pas aberrant puisqu'elles proposent un réel service, il ne faut pas l'oublier. C'est le nouveau filon qui fait rêver tout entrepreneur web. Même si le concept de financement participatif est largement détourné pour devenir une plateforme de pré vente.

D'un autre côté, les utilisateurs sont de plus en plus réticents à sortir le porte monnaie. L'exemple le plus flagrant étant la mise à disposition des contenus audio/vidéo sur les réseaux pair-à-pair. Pour couronner le tout, en plus de la gratuité du produit, l'utilisateur réclame constamment du contenu nouveau, ce qui peut être un frein à la réelle création ou implique de sortir quelque chose de mauvais pour tenir le rythme.

Et si le service semble gratuit, c'est souvent que la plateforme souhaite augmenter le plus possible sa base d'utilisateur afin :

  • D'être racheté
  • De vendre les données personnelles (préférences utilisateur)
  • De proposer de la publicité (ciblée ou non)

C'est donc un mélange assez subtil qui s'opère et qu'il n'est pas toujours évident de suivre.

En plus de son activité de Youtubeur, Leo propose également la prestation de ses talents d'ingénieur de son (enregistrement, mixage) via son studio Frog Leap Studios, ainsi que la réalisation de concerts privés.

Ten Masked Men

Petit aparté concernant Ten Masked Men. Les groupes de reprise ne sont pas une idée nouvelle. 20 ans plus tôt, les britanniques de Ten Masked Men sortaient un album éponyme. Contrairement à Leo, ils jouent du death métal, ce qui donne une certaine lourdeur aux morceaux, mais nécessite des prouesses vocales pour arriver à tenir le débit, comme on peut l'entendre sur Gangster's Paradise. Hélas pour leur notoriété, ils ne s'appuient pas sur la vidéo pour propager leur musique. Leur dernier album est paru en 2014.

Bonus

Un petit bonus, qui n'a rien à voir, pour les courageux qui sont arrivés jusqu'ici : Pretty Fly (for a White Guy) mis en vidéo à partir d'un mashup de 230 films. Le résultat est bluffant.

Saturday, 19 March 2016
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Écrit par
Grégory Soutadé

Rockfarmers (2016)

Pochette RockFarmers

Pour reprendre la présentation officielle, Rockfarmers a été écrit et composé durant la tournée Gasconha Rocks (2013-2015), c'est-à-dire aux quatre coins du monde ! Pour cet opus, les Gascons ont eu la chance d'être mixés par Vance Powell à Nashville dans le Tenessee. Ce dernier a travaillé avec (entre autres) The Raconteurs, The White Stripes et les Arctic Monkeys. Le mixage a, comme l'enregistrement, été effectué avec du matériel 100% analogique, qui donne ce fameux grain à certains morceaux.

Côté visuel, c'est encore une fois une grosse claque. Abu, le dessinateur a pu passer un mois à la ferme Lou Casse. Les croquis semi colorisés ressortent superbement à côté des photos du livre de 40 pages au format 24cmx24cm d'une qualité irréprochable. De quoi balancer à la poubelle les miteuses pochettes carton ainsi que les boîtes CD plastiques au format standard qui se font traditionnellement.

Outre les paroles, le livre contient deux CD audio (pour 1h05 de musique) à l’effigie de Laurent et Mathieu, ainsi qu'un documentaire réalisé, lui aussi, lors de la tournée mondiale. Seul regret, ils sont insérés dans des pochettes carton (on y revient !) collées, ce qui les rend assez fragiles et difficile à manipuler (faites des sauvegardes !). À noter que les morceaux sont assez longs (4-5 minutes en moyenne).

Le tout est sorti officiellement en février 2016, mais des lots (avec du foie gras) étaient disponibles durant la période de noël. Et parce que ça n'apporte rien, mais que c'est à la modeclasse, une version vinyle existe également.

Voilà, tout est dit... Gasconha Rocks était déjà un peu plus sombre que les précédents opus, ici on abandonne complètement les cuivres. Pour innover, il y a quelques instruments acoustiques (guitare, banjo, harmonica...), une chorale d'enfants, mais l'esprit originel et original, sympa, agressif, fou, vitaminé, festif de The Inspector Cluzo se noie dans un rock lent et souvent dépressif. Laurent retrouve aussi son principal défaut : une montée dans les aigus tout à fait désagréable, bien que le tout soit compressé pour ne pas faire exploser les enceintes.

Seuls quelques titres méritent le détour : l'introduction très oisive ;) qui entame sur du bon rock, le second morceau avec un refrain accrocheur. "Lost In Traditions" annonçait pourtant un blues sympa, mais aurait mérité d'être amputé d'une bonne minute. On sautera directement au second titre du deuxième disque pour entendre un rock plutôt sympathique gâché par les chœurs. Dans un registre plus classique, "Quit The Rat Race" propose du bon rock à l'ancienne (un des rares titres qui sauve l'album). L'hommage à leur dessinateur de toujours, Abu, est un long solo avec des choeurs tristesspirituels. Pour terminer, on fera abstraction du chant sur "Romana" pour écouter une compo jazzy très fraîche.

Grosse déception donc pour cet opus. TIC a voulu faire les choses en grand, mais a oublié les fondamentaux comme qui dirait. Il ne reste qu'à se rabattre sur le foie gras d'oie de Lou Casse pour se consoler !