La quille
Saturday, 17 October 2020
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Écrit par
Grégory Soutadé

Quille de bowling

On ne le dira jamais assez, mais la pratique d'une activité sportive doit être encouragée à tout âge, toute condition physique, tout sport, tellement les bénéfices sont grands pour la santé, que ce soit d'un point de vue physique ou mental. Plus encore quand elle se déroule dans la nature, car elle permet en plus de prendre une bouffée d'oxygène, de se "reconnecter" avec mère nature comme diraient certains. J'avais était agréablement surpris au début du confinement en mars de voir plein de monde se mettre un peu au sport afin (surtout) de s'aérer. Malheureusement, ces velléités ont été rapidement stoppées par le gouvernement.

Mais, faire du sport ne veut pas dire faire n'importe quoi. Il faut en faire à son niveau, prendre le temps de progresser sans brûler les étapes. Il faut également apprendre à écouter son corps, le pousser plus loin pour progresser mais aussi savoir le restreindre, le soigner quand cela est nécessaire, détecter les petits signes. Sinon il y a un risque avéré de blessure plus ou moins grave. L'enfer redouté de tous les sportifs (et même des non sportifs). Trouver ce juste milieu n'est pas toujours aisé tant le sport est une drogue. Tant la recherche de la performance nous pousse à aller plus loin. Tant l'envie de conserver son niveau est forte, quand l'on sait combien il est difficile d'y arriver. Parfois c'est un concours de circonstance, plusieurs défauts consécutifs qui mènent au désastre, un enchaînement trop mécanique, un mauvais choix, un coup de pompe, un obstacle inattendu...

En 13 ans d'activité sportive, et plus généralement depuis mon enfance, j'ai eu la chance d'éviter les grosses blessures (entorse, tendinite, fracture, ...). Mais voilà, nous sommes en 2020, une année ... Depuis mi-septembre, les nuits sont difficiles. Paradoxalement, mon corps le supporte plutôt bien. Le circuit, je le connais depuis 3 ans. Une descente technique, rapide, une visibilité un peu faible, un esprit embrumé qui pense à moitié à autre chose et ... un appui qui lâche à 20km/h, comme si j'avais été fauché. La cheville qui vrille à 90°. Je reste plusieurs minutes au sol avec une douleur importante à la cheville. Je sais que je ne pourrais rentrer chez moi par mes propres moyens.

Un kilomètre plus loin, je retrouve l'entrée de la forêt. On me ramène gentiment jusqu'au parking en voiture. La cheville a doublé de volume, j'ai un anneau de 2cm d'épaisseur. Une simple entorse qu'il faudra glacer, je me dis. Ce n'était pas mon initiative, mais un détour est fait par les urgences. Le temps d'y aller (~1h30 après la chute), je ne peux plus poser le pied à terre. La douleur montera crescendo. Une heure pour passer la radiographie. Encore une demi heure d'attente pour obtenir les résultats : rien de cassé au niveau osseux. Et puis encore une heure d'attente pour voir le médecin urgentiste. La salle d'attente est pleine de bras cassés en ce vendredi soir, même si je semble le plus abîmé. Qu'il est long le temps quand on souffre. Pas de paracétamol sous la main, la furieuse envie d'une poche de glace et la douleur. Deux heures trente avant de pouvoir repartir avec une botte de marche, des béquilles, 3 semaines d'arrêt, 15 jours d'anti coagulants en injection. Des examens complémentaires seront à réaliser quelques jours plus tard, une fois que tout aura un peu dégonflé. Je souffre beaucoup, certes, mais je me sens quand même privilégié de pouvoir accéder rapidement à des appareils de soins performants, une expertise médicale, pour un coût dérisoire et en un temps très raisonnable.

Ma cheville le soir de l'accident

Mon nouveau bureau et centre de vie se situe au milieu du salon, à côté de la télé. En attendant que la douleur se calme, j'allume cette dernière, j'applique des pains de glace, je prends du paracétamol. Il faudra attendre 1h du matin pour que ce soit enfin le cas, complètement allongé sur le canapé. C'est ce que j'aurais dû faire dès le début, mais les consignes du médecin ont été assez sommaires. J'aurais également dû immerger totalement le pied dans un bain glacé. Bref, ce soir là, j'ai découvert l'aventure Podium de ce cher Cloclo avant de passer quelques heures à dormir. Douleurs dans la nuit, je vais chercher tant bien que mal un autre pain de glace au congélateur, que c'est dur !

Ma cheville le lendemain de l'accident

Réveil matinal, c'est l'heure de l'excursion aux toilettes, là dernière fois c'était il y a plus de 12h. La botte est lourde et pèse sur le pied. Elle devient insupportable. Quand je la retire, je sens comme un déchirement à l'intérieur. Tout le pied est gonflé par l'hématome. À l'horizontale, la douleur est très supportable. Matinée télé. Après le repas et le passage de l'infirmière, je me lave au gant et me change, ça fait du bien d'être propre ! Ce n'est pas évident pour moi qui manque de force dans le haut du corps. Je m'occupe comme je peux dans l'après-midi et la soirée, couché dans le canapé. Ce sera désormais mon programme quotidien.

Lundi matin. Je commence à abandonner ma chaise roulante de bureau et supporte mieux les béquilles. C'est l'heure de la prise des rendez-vous après ce week-end de repos. Premièrement, le chirurgien orthopédique. Il part en vacances la semaine suivante et ne peut me recevoir que le lendemain matin à 8h. Branle-bas de combat, il faut passer une échographie d'ici là. Je n'avais pas prévu un rendez-vous si tôt. Heureusement la région est bien fournie en cabinets de radiologie. Un créneau est trouvé avec un peu d'insistance à 10h, dans moins d'une heure. Pendant l'examen, une grosse boule de sang gêne la radiologue, elle pulse. Il s'agit d'un probable anévrisme ! Il faut faire un scanner injecté en urgence ! Direction les urgences donc. J'arrive à obtenir un créneau entre deux patients. Au bout de 3h d'attente, dont une demi-heure avec un cathéter dans le bras, je passe dans le tube de l'IRM. Un quart d'heure de vrombissements puissants plus tard, retour en salle d'attente. Le médecin passe une heure plus tard. Les ligaments semblent bons, l'anévrisme ne serait qu'une plaie vasculaire. Il faut quand même passer voir le médecin urgentiste avant de partir. Encore une bonne heure d'attente. Retour à la maison à 18h. Le temps de savourer un petit muffin d'en cas après cette longue journée d'attente, lecture du compte rendu. Il y a une rupture du ligament talo fibulaire antérieur et une rupture partielle du ligament calcanéo fibulaire. J'avoue avoir ressenti de la colère. Contre rien ni personne en particulier, simplement le fait d'avoir perdu un ligament, chose que je redoutais le plus.

La nuit a été courte et désagréable. Lever tôt, généralement quand on commence à peine à se reposer, pour aller voir le chirurgien. Du fait de l'activité de la veille, l'hématome semble plus gonflé. Après examen, il se montre rassurant. C'est une entorse grave, mais qui ne nécessite pas d'opération, elle va guérir toute seule. Il faudra commencer les séances de kiné dans 10 jours. L'anévrisme est par contre confirmé et il faudra voir un chirurgien vasculaire, avec un scanner, pour traiter ce problème. Il faut glacer plus et plus longtemps, appliquer également un cataplasme d'argile verte et d'huile essentielle de menthe poivrée. On ne le dira jamais assez, mais le soutien tant matériel que moral de l'entourage est primordial dans ces cas de figure et, de mon côté, je suis vraiment gâté.

Ma cheville à J6

Face gauche à J6 Face droite à J6

Il faudra attendre presque une semaine (6 jours) pour que mon pied retrouve une forme à peu près humaine. Entre temps, le sang éjecté par la déchirure s'est propagé dans la jambe (entre le bas du pied et la mi tibia), elle est toute jaune. Il s'est également accumulé dans le bas du pied qui est tout violet. La partie ligamentaire reste encore assez gonflée. Il est assez difficile de bien dormir, voir de dormir tout court, étant donné que je dors habituelle pas sur le dos. Rester assis et/ou couché toute la journée est désagréable. Utiliser un ordinateur n'est pas pratique du tout, mais permet de s'occuper un peu. Pour le moment la douleur est supportable (à l'horizontale). Étrangement, malgré les contraintes actuelles et surtout futures, je continue de rester positif, je ne me comprends pas moi même. Un excès d'optimisme ? Du déni ? Peut-être avais-je vraiment besoin de faire une pause ? Dès le début je me suis dit que c'était un mal pour un bien.

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