L'épreuve du deuil
Le deuil est avant tout une épreuve dans laquelle il faut "accepter le changement". On associe généralement deuil et perte d'un être vivant, mais il s'étend également à tout un panel matériel et immatériel qui constitue notre vie. Par exemple un changement de lieu de vie, de statut marital, d'un emploi, d'une équipe, l'arrivée d'un enfant, des amis, des objets qui nous sont chers, une maladie handicapante, un commerce qui ferme... Autant d'événements prévus ou imprévus, souhaités ou subis, positifs ou négatifs qui chamboulent notre être.
La résistance au changement est naturelle, quel que soit son âge et sa maturité. Autant que la comparaison qui adviendra plus ou moins régulièrement avec l'ancienne situation. Le chemin est parfois long pour accepter ce changement, car le temps (surtout pour des événements douloureux) est souvent le seul remède. Mais une fois parvenu au bout du chemin, il y a comme un soulagement, un poids qui se libère et qui nous permet d'aller de l'avant.
Pourquoi le changement est compliqué ? Notamment pour les éléments extérieurs ? Parce que tous les éléments qui nous entourent forment le terreau fertile (ou toxique) dans lequel notre moi profond se construit. Loin des événements exceptionnels et de ce que nous laissons transparaître publiquement, nous nous construisons avant tout en profondeur, patiemment, via ces racines qui se nourrissent de leur environnement direct : notre quotidien. À tel point que même en étant un élément extérieur, il faut partie intégrante de notre personne. Il s'agit d'une relation quasi fusionnelle. Pourtant, nous avons tendance à dévaloriser ce quotidien, de part sa nature à priori redondante, faite de tâches, de travaux et qui laisse peu d'espace de liberté.
D'ailleurs, beaucoup de philosophies associées au bien-être ont pour medium principal la (re)connexion de l'être avec le monde qui l'entoure. Autrement dit, ouvrir ses sens à la fois vers l'intérieur et vers l'extérieur. Arriver à apprécier ce qui a déjà été vu mille fois et auquel nous ne prêtons plus attention. Un des exercices les plus simple et commun étant la respiration. Sans respiration, point de vie, à tel point que notre cerveau la pratique sans notre intervention (particulièrement pendant la nuit). Pourtant, arriver à se concentrer sur un geste aussi trivial fait émerger la vie qui circule dans notre corps.
Ainsi, lorsque ce quotidien est modifié, c'est tout ou partie de ce terreau qui change et donc une partie de notre personne. Même pour des événements positifs, l'adaptation n'est pas forcément immédiate. Pire encore quand la situation se dégrade. Il faut alors ré apprendre, trouver de nouvelles sources pour se développer. Parfois, une partie de nos racines sont détruites durant la transplantation et il faut beaucoup d'énergie, beaucoup de ressources pour arriver, en premier lieu, à cicatriser, et, en second lieu, à se développer de nouveau. Ce qui est particulièrement vrai lors de la perte d'une personne.
Le monde évoluant sans cesse, et nous avec, il faut donc régulièrement trouver un équilibre de vie, le fameux yin et yang. Une des clés est de savoir apprécier les choses simples et immédiates du quotidien.
En conclusion, on pourra se répéter à l'envie le poème intemporel de Jacques Brel Il nous faut regarder :
S´étalant devant nous
Derrière les yeux plissés
Et les visages mous
Au-delà de ces mains
Ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain
Ou qui sont poing levé
Plus loin que les frontières
Qui sont de barbelés
Plus loin que la misère
Il nous faut regarder
Ce qu´il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté
Les filles au bord de l´eau
L´ami qu´on sait fidèle
Le soleil de demain
Le vol d´une hirondelle
Le bateau qui revient
Des sanglots et des pleurs
Et des cris de colère
Des hommes qui ont peur
Par-delà le vacarme
Des rues et des chantiers
Des sirènes d´alarme
Des jurons de charretier
Plus fort que les enfants
Qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands
Qui nous les ont fait faire
L´oiseau au fond des bois
Le murmure de l´été
Le sang qui monte en soi
Les berceuses des mères
Les prières des enfants
Et le bruit de la terre
Qui s´endort doucement
