Le T-Shirt Propre
Friday, 09 March 2018
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Écrit par
Grégory Soutadé

Logo du T-Shirt Propre

Comme chaque année et, sauf pour ceux qui veulent profiter de leurs vacances en altitude, l'hiver est une période que l'on aime bien retrouver (la neige, le chocolat chaud au coin du feu...), mais que l'on apprécie encore plus quand elle se termine. Il est donc temps de penser printemps, soleil, balades en extérieur... Bref, c'est bientôt le retour de la saison du t-shirt !

Car, si pour les femmes la mode propose une quantité considérable de tenues, les hommes sont bien moins lotis et le t-shirt apparaît comme l'élément de base le plus couramment utilisé. D'autant plus que son prix est relativement faible (5€-15€), qu'il possède de multiples motifs et couleurs, pratique, léger, suffisant. D'ailleurs, est-on prêt à payer plus cher ce pauvre bout de tissu ? Plus encore quand on sait qu'il a une durée de vie moyenne assez faible (surtout quand la mode passe par là).

Le sujet étant lui aussi tendance, une question m'est passée par la tête : "Est-ce qu'il existe des t-shirts fabriqués en France ?". Le marché semble décoller puisqu'il en existe plusieurs (liste non exhaustive) :

Il faut bien lire les petites lignes. Parfois, ils ne sont que partiellement transformés (teinture, impression, logo), ou déssinés en France... Les prix varient de 25€ à plus de 50€. Sachant que, hors promotion, un t-shirt de marque (style Chevignon) démarre à 30€. Hors, l'industrie textile est connue pour ses marges pharaoniques : x10, x100. Pour autant, certains fabricants sus-cités profitent de la vague "fabriqué en France" pour gonfler les prix de manière abusive (Goudron Blanc par exemple, alors que les t-shirts sont fabriqués au Portugal...).

Hasard du calendrier, Le samedi 10 février 2018, France 2 diffuse un reportage de l'émission "Tout compte fait", sur "La face cachée des petits prix dans la mode". Le format long de ce genre d'émission permet d'avoir un argumentaire assez étayé, même s'il en reste parfois un peu partisan. Quoi qu'il en soit, il met en exergue les problèmes liés à l'industrie textile globalisée.

Tout d'abord le coton. Cette fibre végétale est la plus utilisée pour la confection de vêtements. Les rendements ont été démultipliés durant le 18e siècle avec la révolution industrielle, mais l'on a retrouvé des traces datant de plusieurs milliers d'années. Un climat (sub-)tropical avec une alternance de saison humide puis sèche est nécessaire pour qu'elle s'épanouisse. On en produit environ 25 millions de tonnes par an. C'est la composante principale des t-shirts, mais aussi des jeans et de bien d'autres vêtements. La teinture ensuite. Naturellement, le coton est blanc, il est ensuite filé puis teint. Finalement, le transport des matières premières.

À priori, il n'y a rien de bien méchants dans ces éléments. Surtout que l'on utilise une fibre naturelle (donc renouvelable). C'est sans compter sur la partie sombre de l'économie de marché et des processus industriels. Dans ce petit jeu où la croissance est un élément "vital", il faut (parfois) créer le besoin, y répondre tout en réduisant les coûts de production et en maximisant les marges. La première partie est régie par le génie marketing et financier, la seconde par une logique plus industrielle. Logique qui s'appuie sur un rapport de force déséquilibré afin d'obtenir son produit/sa matière première au prix le plus faible. Le prix est le seul facteur, il n'y a pas d'éthique dans ce système. Pour (sur)vivre et assurer la subsistance de sa famille (puisque c'est la seule chose qui compte), le soumis n'aura pas forcément plus d'état d'âme à réaliser un travail au détriment de son propre environnement et de celui des générations futures. Particulièrement quand on ne lui laisse entrevoir aucune alternative à ce qu'il réalise et peut réaliser quotidiennement.

Ainsi, les conditions de fabrication de ces quelques bouts de tissus sont souvent catastrophiques. On utilise des techniques du début du siècle dans des pays où le coût de la main d'œuvre est faible et où les réglementations (ou du moins les contrôles) sont quasi inexistants. Le tout pour répondre à une demande croissante, sans vision globale, sans vision sur le long terme, car l'Économie prime avant tout. Les problèmes qui en découlent sont classiques : assèchement des régions à cause de l'irrigation intensive, épandage massif de pesticides volatiles, non traitement des polluants issus des teintures qui se retrouveront dans les nappes phréatiques...

Un t-shirt bio, c'est ridicule ! C'est ridicule car on associe le terme "bio" au domaine alimentaire. En ce qui concerne le textile, il s'agira d'avoir une empreinte réduite sur l'environnement : peu ou pas de pesticides, traitement des polluants... Pour autant, il ne faut pas considérer un produit "bio" comme le graal. Ces derniers ont quand même un impact écologique non nul, surtout quand on prend en compte ce qui entoure le produit (emballages & co) et son transport. Typiquement, celui qui a bonne conscience en achetant du miel bio Carrefour se trompe : il s'agit d'un mélange de miels, certes bios, mais provenant d'Union Européenne et d'Amérique Latine, le tout conditionné en Belgique et vendu en France. Alors qu'il existe des miels locaux d'excellente qualité à un prix équivalent.

C'est dans ce contexte global que l'on comprend les raisons de la marque "T-Shirt propre". Si l'objectif, ou la prétention, des fondateurs est clair, je trouve l'aspect marketing d'un tel nom très mauvais car il nous vient immédiatement à l'esprit son antagoniste, "sale", ce qui ne donne pas envie d'acheter. Bref, cette PME de l'Aude ne s'appuie que sur des partenaires Français afin de proposer des produits de qualité, éco responsables. Le coton, bio, est importé de Grèce car il n'est pas possible (pour le moment) de le faire pousser en France. C'est donc le retour de l'industrie textile dans le sud-ouest ! Région autrefois spécialisée (entre autres) dans ce domaine, même si à l'époque on utilisait de la laine de mouton. La marque propose une ligne femme et homme, sobres (on aime ou on n'aime pas), à des prix raisonnables (33€ le pack de 3 ou 39€ l'un) pour des produits entièrement réalisés en France ! Pour avoir acheté un pack, je ne peux que les recommander chaudement. Le t-shirt est assez épais (ce qui tranche avec les versions plus bas de gamme), les coutures sont renforcées.

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